Compte rendu de la conférence du jeudi 26 Février 2009
l'Agriculture Responsable & Citoyenne
par Benoît BITEAU
L'agriculture, un sujet sur lequel deux visions s'affrontent :
- celle du présent et du passé qui, dans le concert de mondialisation à tout va et d'inquiétudes multiples, nous ferait sombrer dans le fatalisme,en poursuivant une pratique qui soulève de très nombreux problèmes de santé, de biodiversité, de ressources en eau, de réchauffement climatique, d'OGM.
- celle du futur qui redonne place à ceux qui se battent avec des arguments convaincants et des méthodes qui font leurs preuves pour reconstruire un avenir digne à ce magnifique métier .
Vous l'avez compris, nous sommes très nombreux maintenant à soutenir ce combat contre un système construit par des groupes multinationaux dans leur intérêt financier au mépris des consommateurs et des agriculteurs exploités et victimes du système. Ils font croire à tous que la seule issue pour nourrir une population toujours croissante (7 milliards de bouches à nourrir) repose exclusivement sur la productivité à outrance de sols de plus en plus saturés de produits chimiques et si possible dans des régions à bas coût de main d'oeuvre compte tenu d'un prix de transport rendu attractif grâce au pétrole facile (peu cher et disponible). Un système qui, malgré l'alibi de sa necessité pour nourrir l'humanité, continue chaque jour un peu plus d'affamer des peuples entiers.
Les autres conséquences dramatiques de ces orientations sont :
- la pollution de l'eau (nitrates et pesticides)
- la pollution des sols (pesticides tel l'atrazine interdit d'emploi en France depuis seulement 2004 , prolifération d'espèces résistantes)
- la régression très inquiétante de la biodiversité sauvage (faune, flore) et domestique (races locales)
- l'explosion des cancers chez les sujets jeunes liée à une alimentation à risques
- l'infertilité chez l'homme et mortalité chez d'autres animaux (abeilles, faune et flore aquatiques) liées aux pesticides.
les preuves de ces tragédies sont aujourd'hui étayées par des rapports scientifiques dûment validés par les instances scientifiques internationales. Nous ne sommes plus à devoir nous interroger sur les conséquences de ces pratiques, mais bien à se mettre en marche pour apporter des solutions, des alternatives pouvant endiguer le développement de ce modèle catastrophique.
A cela s'ajoutent :
- la vulnérabilité de nos circuits d'alimentation liée à l'insuffisance des contrôles et au renchérissement du coût des transports notamment (ex de la 3ème crise pétrolière)
- l'impact sur le bilan carbone extrêmement défavorable dans le contexte du réchauffement climatique !
Tout cela dans quel but ?
Faire du profit et s'établir en situation de quasi monopole dans un monde où la cupidité, a fait perdre ses repères et ses valeurs à des milliers de gens qui subissent un système
bien établi qui comble une minorité, au mépris des conséquences sur l'humanité. N'est-ce pas le coeur du problème (pesticides, OGM)?
Heureusement, la réaction est enclenchée (timidement) par la base, les agriculteurs eux-mêmes ressentant un profond malaise dans l'exercice d'un métier qui ne ressemble plus du tout aux valeurs transmises de leurs aïeux, les scientifiques indépendants (agronomes, universitaires et hospitaliers) et les consommateurs, alertés des risques encourus, soucieux de revenir à une consommation de produits sains et équilibrés.
Des agriculteurs volontaires (et il faut beaucoup de volonté pour se mettre en travers "d'un système où chacun s'y retrouve") ont démontré que d'autres voies étaient possibles. La culture raisonnée puis biologique excluant tout traitement phytosanitaire et pesticide permet si l'on s'en donne les moyens de répondre favorablement aux problèmes posés .
Plus que des expériences, ce sont de véritables méthodologies qui sont mises en oeuvre pour rendre à des exploitations une perspective de survie, puis de réel développement en osmose avec la nature et la rentabilité en remplissant ce nouvel objectif :
- remplir réellement le rôle nourricier de l'agriculture
- sauvegarder les ressources en eau
- respecter la biodiversité
- fournir des produits sains conformément à l'attente des consommateurs
- remplir le rôle social d'aménageur responsable de l'espace naturel
- vivre correctement de son travail et transmettre son métier aux jeunes générations
C'est le 'combat' entrepris par Benoît Biteau (et d'autres) mais ce dernier vient d'être récompensé par le 1er prix du trophée de l'agriculture durable au plan national, remis par le ministre de l'agriculture Michel BARNIER et Erik ORSENNA au salon de l'agriculture le 25 février 2009.
interview FR3 19-20 Poitou-Charentes du 25 fev 09 :
lien sur FR3 :
journal
ou son
Benoit Biteau
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Fils et petit fils d'agriculteurs, il a suivi un cursus de formation en biologie et génétique végétale et animale, en hydraulique agricole et en gestion environnementale, obtenu un diplôme d'ingénieur des techniques agricoles pour devenir conservateur du patrimoine vivant.
Après un parcours professionnel autour des enjeux liés à l'eau, l'environnement, l'agriculture et la conservation du patrimoine vivant (races locales et biodiversité), il a repris depuis quelques années, l'exploitation familiale qui était basée sur le maïs irrigué et la vigne.
Cette décision peut se résumer par la volonté "d'un passage à l'acte" permettant de valoriser les multiples expériences de son parcours professionnel. Aussi, il a décidé :
- de renoncer totalement au maïs irrigué, son cortège de chimie et son impact catastrophique sur la ressource en eau en général et sur l'activité conchylicole du bassin de la SEUDRE en particulier.
- de rompre définitivement avec le passé en revenant à une agriculture diversifiée : maraîchage, élevage caprin, bovin, équin et asin et cultures propres à l'alimentation des hommes et du bétail (céréales, protéagineux ,oléagineux, herbe) en reconstruisant complètement le périmètre de ses parcelles, en replantant haies et arbres, et en re-pratiquant la rotation des cultures de souches anciennes, robustes ne nécessitant pas de substances de synthèse mais seulement de l'observation, de l'ingéniosité et du travail.
Il a choisi des races locales rustiques capables de vivre en plein air toute l'année et ainsi réduire ses charges (bâtiments, chauffage...). Il a complété sa démarche par la vente directe de ses produits (biologiques) dans un circuit court (vente à la ferme ou AMAP*).
* AMAP : Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne
Cette expérience, imprégnée de bon sens paysan et riche des valeurs transmises par les anciens (observation et connaissances pratiques) et d'un niveau d'études poussées lui permet aujourd'hui d'affirmer que ses pratiques (absence totale de substances de synthèse) lui permettent d'obtenir des rendements normaux (50 quintaux/ha de pois oléagineux), de vivre normalement avec moins de subventions puisque la PAC est concentrée sur l'agriculture céréalière intensive au détriment des petits producteurs, éleveurs ou des agriculteurs bio.
Si la démonstration restait à faire, ceci prouve une fois de plus la force des lobbies au sein de nos institutions gouvernementales nationales ou européennes ! Comme quoi des changements profonds sont là aussi nécessaires.
Cet échange privilégié avec un interlocuteur "du terrain" vaut beaucoup plus que de longs discours, mobilisons-nous pour soutenir les actions de tous ces petits producteurs régionaux capables de nous fournir une alimentation saine à des prix normaux pour peu que l'on revienne à une pratique saisonnière et de proximité.
Tout cela est possible, il faut aussi le vouloir pour que le retour à nos valeurs finisse par s'imposer de lui-même.
Nous pouvons nous passer des "MONSANTO, BAYER, CARGILL et compagnie".
Il doit s'agir d'un sujet sensible, car l'édition de Charente-Maritime du quotidien SUD OUEST n'a pas jugé utile de diffuser l'article suivant proposé par son correspondant local,pour souligner l'importance du sujet !
"SO" compte-t-il parmi ses actionnaires ces grands groupes chimiques? allez savoir...
Par contre, merci au 'LITTORAL' qui a publié cet article dans son édition du 6 Mars 2009.