Très belle journée d'été, notre groupe de 26 personnes a pu découvrir un site remarquable à divers égards, rafraîchir ses souvenirs, sur la géologie de la presqu'île, et faire un peu d'exercice physique sur un parcours accidenté (rochers et galets); pour l'air du large, il faudra revenir car il était plutôt chargé d'une forte odeur (ammoniaque?) due à la prolifération d'algues en décomposition, résultat du déversement en mer, d'eaux trop chargées d'engrais utilisés en agriculture intensive. Cette prolifération, sans atteindre le niveau de certaines régions (Bretagne nord) devient inquiétante et va constituer une réelle gêne pour les habitations littorales, comme pour le tourisme, même si cela ne présente pas de réel danger pour l'homme.
Christine SCHREMER qui nous a préparé cette sortie nous fait part de sa passion de plus de trente ans pour la minéralogie et notamment l'arénophilie (collectionneurs de sables).
Sa passion l'a poussée à suivre et réussir le cycle d'études à l'école des mines de PARIS en candidat libre ce qui traduit une volonté hors du commun et une passion bien ancrée.
descente sur l'estran Christine nous présente la sortie
Le site au nord de l'île d'Oléron est constitué de l'estran et de la falaise calcaire montrant différentes couches alternées : argiles sableux, calcaire, argiles de différentes textures (de tendre à très dur). C'est l'occasion de revenir sur la géologie de la région qui s'appuie sur l'anticlinal de Gémozac (socle calcaire). Au fil des temps géologiques (déformations de la croute terrestre, glaciation / déglaciation), l'océan a recouvert et découvert la région laissant se déposer des couches plus ou moins importantes de sédiments soit argileux soit sableux, ou calcaires qui ont constitué ces couches superposées au fil de dizaines de millions d'années !
Il faut changer nos unités de temps, on compte en millions d'années...
L'érosion est due à de multiples facteurs : marées, vents, courants, oiseaux nicheurs, eaux de ruissellement, sécheresse, gel ; tous ces éléments contribuent à faire évoluer la falaise où la terre rencontre la mer, mais n'oublions pas l'homme qui lui aussi s'en mêle et pas toujours de façon heureuse !
L'histoire géologique remonte au fond des temps et nos paysages montrent les pressions qui se sont exercées sur les sols lors des poussées tectoniques qui ont fait émerger massif central et plus proche, les pyrénées. Les plis de terrain ainsi constitués forment les anticlinaux et synclinaux. On les perçoit très bien dans les couches déposées au fil des millénaires.
Blockhaus tombé par l'érosion du littoral (recul de la cote)
Autre curiosité, les puits de gypse (dépots vallonnés) se sont formés il y a plus de 100 millions d'années, par des minéraux anhydres (ne contenant pas d'eau), puis au fil de leur hydratation leur volume a été multiplié par 30, formant ces vallons caractéristiques.
Venons en aux sables, Christine a préparé pour chaque participant un joli cadeau : 3 flacons de sable de Chassiron de granulométries différentes couvrant la très grande variété des roches présentes et leurs couleurs caractéristiques :
- très fin : < 0,03 mm
- moyen : de 0,05 à 0,30 mm
Elle nous a expliqué le cycle du sable pour mettre en évidence l'éternelle reconstruction des milieux en associant : formes, grosseurs, couleurs et textures.
Sur une très grosse pierre formée par les rejets de vers marins (ce qui a laissé chacun plus que perplexe, car personne ne pouvait l'imaginer), elle nous a présenté divers minéraux collectés sur le site : géode de quartz, gypse, marcassite, pyrite, etc...et lythophages (coquillages vivant dans des trous creusés dans les galets grâce à leurs sécrétions).
Quartz
Un véritable monde nouveau pour qui sait observer, c'est superbe ; merci à Christine et Bernard de nous faire apprécier ces subtilités par leurs commentaires et explications très intéressantes.
Nous terminons la visite par la cote Ouest du phare de Chassiron ; la falaise est ici très calcaire avec de faibles couches d'argiles sableux où logent des huîtres minuscules mais adultes (exogyra virgula) et des foraminifères, espèces sédentaires dont l'évolution est bien connue et qui permettent la datation des couches minérales ainsi formées.
Nous terminons la visite par les écluses à poissons, les strates argileuses de l'estran, un petit tour du phare de Chassiron et de son magnifique jardin.
Un grand merci à Christine pour cette sortie très agréable et de grande qualité; elle a su mettre à notre portée un langage de spécialistes avec gentillesse et simplicité.
L'ensemble des participants se joint à moi pour la féliciter de nous avoir fait partager pendant ces quelques heures, un peu de sa passion.